ANR · 2021
MicGIVER — Valorisation biotechnologique des micromycètes pour la bioremédiation environnementale
Depuis le début de l'ère industrielle, l'humanité a pu augmenter de manière exponentielle sa productivité et son accès aux ressources, et cela a des niveaux encore inimaginables il y a à peine 200 ans. Si ce progrès technologique inexorable lui a permis de multiplier par sept sa population en un siècle, de s'affranchir de bon nombre de maladies autrefois mortelles et désormais bénignes, de juguler, bien que de manière inégalitaire, la famine ou bien de repousser l'œkoumène au-delà des limites même de la planète, cela a également eu un impact irréversible sur la biosphère. Dans sa marche irrépressible vers le progrès, l'humanité a détruit et anthropisé son environnement à des niveaux jamais atteints depuis le début de la révolution cognitive il y a 50 000 ans. Une des conséquences de ce progrès a marche forcée a été l'émission dans l'environnement de divers polluants (ou HNS : Hazardous and Noxious Substances) dont certains s'avèrent extrêmement persistants, au-delà même des générations humaines. Depuis la fin du 20ème siècle, une prise de conscience mondiale s'est opérée sur les dangers encourus par les générations présentes et futures à cause de ces pollutions. De plus en plus, les législations tendent, toujours de manière très inégalitaire par delà le monde, à limiter ces émissions et à en interdire la forme. Bien qu'encourageantes, ces initiatives sont néanmoins insuffisantes pour réparer les dégâts déjà causés et en juguler les effets à long terme. Forte de son génie, l'humanité a donc mis au point diverses méthodes pour dépolluer les environnements impactés. Ces méthodes peuvent être physicochimiques et utiliser des protocoles initialement issus de l'industrie (ex usage de résines, de surfactants, excavation, pyrolyse...). D'autres méthodes, plus douces et spécifiques, exploitent la bioremédiation. La bioremédiation est un phénomène biologique durant lequel des organismes vivants vont soit métaboliser directement les HNS (bioaugmentation), les immobiliser dans leur biomasse ou augmenter leur biodisponibilité (biostimulation) pour les autres maillons trophiques. Maitrisée, la bioremédiation démontre un potentiel biotechnologique séduisant car elle permet de traiter les pollutions in situ ou ex situ sur un ensemble de HNS quasi illimité (des hydrocarbures aux radionucléides) en évitant d'ajouter un degré de perturbation anthropique supplémentaire par apport aux méthodes physicochimiques. En ce sens, les moisissures (champignons filamenteux ou levures) présentent une manne biotechnologique conséquente de part leurs capacités à dégrader des HNS normalement particulièrement récalcitrants. Le projet Mic GIVER se propose d'exploiter ce potentiel de bioremédiation fongiques sur 4 HNS aussi divers qu'emblématiques des activités humaines : l'acide picrique, le glyphosate, le diesel et les cires (C10 à C20). Cette bioremédiation fongique se focalisera sur les HNS natifs mais aussi sur leurs produits de dégradation potentiellement écotoxiques. Dans un premier temps, 500 souches fongiques seront criblées pour leur capacité à dégrader les HNS ou à synthétiser des biosurfactants pouvant augmenter leurs biodisponibilités. Par la suite, les conditions de culture seront optimisées sur 16 des souches les plus prometteuses (8 pour la dégradation des HNS et 8 synthétisant des biosurfactants). Une approche de métabolomique sera également déployée afin de caractériser finement ces biosurfactants. A partir de 4 souches les plus intéressantes, une production et une extraction sur pilote industriel sera réalisée afin d'augmenter le degré de TRL de 3 à 5 (Technology Readiness Level). Enfin, un banc d'essai de bioremédiation sera mis au point afin de pouvoir tester et optimiser en conditions opérationnelles in situ (bioaugmentation et biostimulation) ces solutions de bioremédiation (TRL8). A terme, Mic GIVER permettra le développement de nouveaux bioprocédés de biorémediation fongiques pour les acteurs industriels du domaine de la dépollution.
Participating units of Université Paris-Saclay
Data provenance
Sources : scanR. Data compiled on 27/10/2026. Found an error? It is corrected in the original source (HAL, RNSR, directory); see how.